Bientôt deux mois que je sillonne les routes de l’île du sud de la Nouvelle-Zélande pour le Guide des Frogs, et l’heure est venue pour moi de vous faire un petit bilan de mon boulot. Alors bien sûr, les médisants, les mauvaises langues diront que je ne bosse pas, que je ne fais que m’amuser, glander aux frais de la princesse. Et les notes publiées sur ce blog depuis le début de mon travail (ou le début tout court) pourraient confirmer leurs dires 😉
Punakaiki - Pancake Rocks - West Coast - New Zealand
Mais voilà, à côté des journées de ski, de rafting, de kayak sur un lac magnifique, de sauts dans un canyon accroché à une corde ou en chute libre au dessus de Wanaka… et là je suis en train de réfléchir à ce que je pourrais bien oublier car la liste est encore longue… ah oui de croisières dans les fjords, de jetboat, de quad, de 4×4 à la recherche d’or ou de descente de bière dans une brasserie locale…bref quand je ne suis pas en train de faire une de ces activités là, j’erre dans les rues à la recherche de bons backpackers, hôtels, restaurants.

Et qui dit rechercher des bons passe forcément par des mauvais. C’est le but de la mission, mettre dans le Guide les bonnes adresses. Certaines que je visite connaissent déjà le bouquin ou l’agence de voyage et ont de ce fait dans leur clientèle des Francophones. D’autres me voient débarquer le livre à la main et se demandent ce que je vais bien pouvoir leur vendre. En effet, pour paraître dans de nombreuses brochures ou guides touristiques, vous devez aligner quelques billets.

D’autres ne connaissent pas le guide et s’en contre balancent, ce qui me vaut parfois un accueil un peu froid. Le dernier en date : dans un camping de Westport. Je fais ma tournée des hébergements, à l’improviste, et là le « gentil » couple me dit qu’il faudrait que je prenne rendez-vous car ils n’ont pas de temps à m’accorder, que je ne peux pas me pointer comme ça, qu’ils sont débordés. Outre le fait que de donner une information ne requiert pas plus de 5 minutes, je suis un peu sidéré, mais surtout, ils me disent qu’ils ne seront pas là le lendemain et que le manager de service ne pourra pas me renseigner. Ah. Bizarre.

C’est quand j’ai le droit à un tel accueil que je me dis que certains ont du séché les cours de communication marketing. Je ne suis évidemment pas un roi devant lequel il faudrait dérouler un tapis rouge, mais je me dis que si j’étais à leur place, j’essaierai de séduire le journaliste pour qu’il me mette dans son guide et me fasse un peu de pub, le tout gratuitement. Peut être que si je bossais pour le Lonely Planet, guide touristique anglophone mondialement connu, l’accueil serait différent. On m’a raconté que dans certains villes d’Amérique du Sud, quand les locaux apprennent qu’un agent du Lonely est dans les parages, ils n’hésitent pas à revêtir la ville de ses plus beaux habits !

Le problème dans ce cas concret est que je ne peux même pas les faire sortir du guide. Non pas que leur camping était flamboyant, au contraire, mais parce qu’il n’y en a que deux dans les parages… Du coup, description minimaliste, aussi froide que l’accueil reçu. Et puis j’essaie de garder un tant soit peu d’objectivité. Chacun a le droit à ses mauvais jours.

Une fois, on m’a tendu une brochure pour unique information, en me disant « tout est là-dessus » ! Genre démerde toi avec ça Coco ! Encore une fois, bravo le marketing. Surtout venant d’une petite société, dont le voisin et concurrent, qui lui venait de m’offrir une croisière, avale les touristes comme un ogre affamé. David contre Goliath. Et David n’a pas l’air très préoccupé par son sort. Encore une fois, je ne dis pas qu’il eût fallu m’offrir une activité pour me séduire, mais un minimum d’attention, de politesse plutôt que de me tendre un bout de papier et replonger aussitôt sur son écran d’ordinateur. Par objectivité et concurrence, je l’ai laissée dans le guide. A mon plus grand tort. Le manque d’info m’a fait commettre une petite erreur qui m’a valu une remontrance de mes employeurs.

Un mot sur les restaurants. Avant de commencer, nombreux étaient les gens qui me demandaient si j’allais déjeuner incognito dans les restos. Non pas que je ne me sente pas l’âme d’un Louis de Funès prêt à tout pour tester en toute discrétion une aile ou cuisse de poulet, mais mon budget « Bouffe » est limité. Et si les opérateurs n’hésitent pas à vous faire profiter gracieusement de leurs activités, il en est tout autrement pour les restaurants. Ces derniers sont le plus souvent indifférents à ce que je fais. Je pensais que mes compatriotes qui ont exilé leur cuisine seraient plus généreux mais même pas. Au mieux j’ai le droit à un café. Du coup, j’évite de déranger le patron pour rien et fais les choses dans mon coin, demandant à la serveuse quelques infos si besoin. Ça m’a valu mon premier et unique plat offert. Voyant que je gribouillais dans mon coin, la manager est venue me parler, et de fil en aiguille m’a proposé de déguster une de leurs fiertés ! Yes. Les cafés sont généralement plus cools et m’offrent café ou mocaccino accompagné d’une gourmandise. Plus tard, un autre petit resto m’a invité, ce que je ne savais lorsque j’ai passé commande. En échange d’un bon mot dans le guide. Je l’aurais de toute façon laissé dans le bouquin.

Voilà donc l’envers du décor, la partie cachée de mon job qui ne se résume pas à tester les activités. 😉

Mais je vous rassure, à côté des quelques points noirs relatés, il reste beaucoup de bonnes surprises et de bonnes rencontres. Tel celle avec Scotty, un Ranger du Department of Conservation, dont l’interview figurait dans l’actuel guide et que j’ai rencontré par hasard. Passé l’anecdote de sa figuration dans le guide qui lui valait d’être reconnu par les touristes francophones, j’ai fini par passer la fin de l’après midi chez lui autour d’un thé à l’écouter me narrer toutes ces histoires de Ranger, ses nombreux « voyages » et constructions dans le Fiordland National Park.

Et de belles rencontres, il y en a eu encore avec les francophones installés en NZ que j’ai rencontré dans le cadre des interviews pour le guide : Claire, très sympa et très impliquée dans la vie économique et sociale de Greymouth, son port d’attache après des années de voyage, qui m’a réservé pas mal d’activité ; Thierry, sportif et photographe, qui m’a dépeint l’autre visage de la 100% Pure New Zealand, engagé lui aussi, plus politiquement. Enfin Michel, Éric et Pierre au début de l’aventure, et tout aussi chaleureux. Un point commun avec eux : le goût du voyage.

Sans oublier tous les gens que je croise.

C’est d’ailleurs parfois frustrant de n’être que de passage, de ne parler que quelques minutes, de ne pas avoir d’attache, de ne rester dans un backpackers très charmant que le temps d’une nuit ou deux. Comme ce backpackers d’où j’écris aujourd’hui, à Karamea, qui gère la radio locale et diffuse tout ce qui passe par la tête des Wwoofers présents. et quand ces derniers sont français on a le droit à Vice et Versa ou Isabelle a les yeux bleus des Inconnus, voire du Indochine.

Ces trop courts instants m’amènent parfois, tel Tyler Durden, à en oublier d’où je viens, où j’ai passé la nuit précédente. C’est arrivé une fois. La question classique de mon ami à usage unique, « Where do you come from today ? », restera ce jour-là sans réponse.

Not good ! 😉
C’était Okarito…