Jamais je ne t’oublierai - Betty Schimmel
Mon père l’a lu, ma mère l’a lu, je commençais à en avoir marre de les entendre en parler. J’ai horreur qu’on me raconte l’histoire d’un livre, d’un film avant que je ne l’ai lu ou vu. Du coup, à peine sorti des Accords de Munich, de Daladier et Hitler, j’ai enchaîné. J’ai bien fait. Très belle histoire.
Alors je vous raconte sans trop en dire. Je lis sur Amazon le résumé de l’éditeur et déjà ils en disent trop. Une ligne de résumé et la 4e de couverture afin de vous donner envie de le lire sans tout vous dire :
En 1944, à Budapest, Betty et Richard tombent amoureux l’un de l’autre. La guerre les sépare. Betty survivra à la liquidation de la communauté juive de Hongrie.
“Richard. Son dernier baiser.
Nous marchons vers le fleuve, nous traversons le pont, nous voilà sur le flanc de la colline à l’aplomb du château qui domine le Danube. Ses yeux bleus me dévorent.
Richard. Mon dernier souvenir.
C’est un bel adolescent, si élégant en chandail et pantalon léger, il crie dans le fracas des sirènes d’alerte qui déferlent maintenant sur la ville : ” Cours ! Cours Beth ! Rentre vite ma frimousse ! Je t’aime ! À demain ! ” Demain n’est jamais venu. Nous étions de grands enfants éblouis par l’amour de nos quinze ans. Nous nous aimions avec tant de force et de passion que la vie aurait dû nous unir.
Mais nous avons disparu l’un à l’autre, pour toujours. La guerre nous a séparés brutalement ce jour-là. Parce que nous étions juifs, et qu’en ces temps de fureur à Budapest, cet amour si puissant ne pouvait rien pour nous. Depuis je rêve de lui, de nous, de cette époque où nous étions si jeunes, où des centaines, des milliers de baisers m’accompagnaient jour après jour.”
A première vue, je me suis dit que ça sentait le bouquin écrit à l’eau de rose. Alors pourquoi l’avoir lu ? Peut être du fait du côté autobiographique du roman. Peut être aussi parce qu’aussi tragique soit elle, cette période de l’Histoire m’intéresse. Alors je l’ai lu et je ne l’ai plus lâché.
L’auteur nous plonge dans l’Europe de l’Est à l’heure de l’invasion de la Tchécoslovaquie par l’Armée allemande, l’obligeant ainsi à fuir son pays pour la Hongrie, plus calme encore à cette époque. Elle narre ainsi son quotidien, entre un père, résistant, souvent absent pour protéger les siens, et une mère attentionnée, prête à tout pour sauver ses enfants. Très vite la Hongrie subit les mêmes atrocités que le reste de l’Europe. L’Armée allemande est partout. Les collabos aussi. L’auteur décrit très bien comment les populations locales se sont mises à haïr les Juifs, prises dans la propagande nazie… Puis vinrent les ghettos, la déportation, les camps de la mort.
Son témoignage est touchant, émouvant. Certains passages sont parfois durs, cruels. Inhumains.
Ce qui est également intéressant en lisant cette histoire c’est de rapprocher nos dates aux leurs : 1944. Quand la France se libère peu à peu du joug nazi, quand l’ennemi recule, l’horreur commence -ou s’accélère- en Hongrie. Quand la France est libérée, l’Allemagne vaincue, l’Europe de l’Est n’est pas libre pour autant, un tyran en remplaçant un autre. On l’oublie parfois.
Et toujours en toile de fond, en fil conducteur plutôt, cette histoire d’amour, cette passion. Un très beau témoignage. Si beau que Steven Spielberg a acheté les droits pour une adaptation cinématographique. Le fera, le fera pas ? L’avenir nous le dira.
“Ma planète à moi est ailleurs, perle minuscule dans l’univers de ce siècle, c’est mon amour inoubliable. Depuis un demi-siècle maintenant, j’écris à Richard, sur Richard, sur notre amour, ma jeunesse et la guerre. Je suis une survivante du passé qui n’a jamais voulu céder à l’oubli.”
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